30 juillet 2008
AVANT/APRES
La legende des photos dit que
les femmes dans la photo inferieure on ete tuees, apres quoi on les
voit sur la photo superieure (El Pais, 14 Juillet 2008). Cela me fait
toujours bizarre de regarder la mort photographiee. Elle est d'habitude
vide d'humanite, obcene, desarticule, cassee.
Et pourtant, un
trouble se degage dans mon esprit quand je regarde ces deux images,
mi-voyeuse mi-fascinee, comme si la vie et la mort ne pouvaient etre
donnees a voir avec le meme medium (une simple photo). Ou bien?
La
vie et la mort des memes individus. Avant et apres, vivants,
morts-comme une copie macabre des pubs pour produits de beaute. Des
memes individus non-donnes a voir car deja occultes, effaces. Des memes
non-individus quelque part dans l'axe du mal. Ha.
On ne les voit
pas, ni avant, ni apres. Ces femmes ce sont des non-images, que les
photos ne peuvent donc nous montrer que dans le leurre, et donc une
certaine negation de leur profondeur. Et pourtant, on les a
photographiees. Qu'on voie comment c'est terrible. Qu'est ce que cela
nous dit?
Il y a pourtant un trouble: "avant", "apres"....on
ne peut alors s'empecher de penser au "entre". Dans ce bout temps entre
les deux, il y a un recoin pour l'humain, et au dela des pixels et des
voilages on peut enfin les retrouver: qu'est ce que ca fait de savoir
qu'on va surement mourir? que dans quelques instants tout sera fini?
fini. fini.

C'est la precisement, entre les deux images, dans ce
temps qu'on ne voit pas, qu'on n'a pas vu ni vecu, ce temps ou se passe
leur terrible angoisse que voilent les burkas,que ces femmes cessent
d'etre anonymes, qu'on les rencontre finalement, et que toute la
violence de ces images aveugles se deploie, dans toute son horreur.
Leurs histoires leurs fatigues leurs rires leurs enfants leurs pertes. Fini.
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