LaMery_On_the_run

Un blog sans prétensions (all photos by Lamery-et Mathieu)

16 janvier 2008

La vie en standby

- ou la reconnaissance d’un échec sauce toubab

 Fin Octobre 2007, j’ai mis ma vie en standby pour pouvoir survivre dans ma tête. J’ai fui un désespoir de grisaille, métro et photocopies pour m’enfoncer dans un autre, fait de budgets sans queue ni tête, d’isolation géo-sentimentale et d’amateurisme enrobé de bonnes intentions sur fond d’arrogance ethnocentriste. Je me suis exilée dans un bled sans âme, au fin fond d’un continent tourmenté qui tourne en rond, sur la pente raide et sans espoir. Voulant croire qu’il suffirait d’une terrasse d’où on peut regarder les étoiles dans la nuit calme pour me calmer, comme autrefois dans un certain désert. Mais la sérénité n’est pas venue.

 Aujourd’hui je regarde ce continent sans tendresse,  parfois avec trop de pitié (indésirable, la pitié, je sais), parfois avec une rage sourde et stérile. Sans aller au fond des choses et des gens, je ne vois que sa surface rugueuse et devastée, déforestée, érodée, fatiguée. Je n’ai plus l’état d’esprit pour le juger à sa juste valeur, pour apprécier ce qui, j’en suis sure, se cache sous les couches de poussière, corruption et manques. Toute l’humanité cachée. Je ne veux d’ailleurs pas tout définir en termes de manque, je me prends pour qui ? et pourtant c’est ce qui me vient à l’esprit en continu, sans vraiment le connaître, ce bout de continent a la surface traversée de plaies qui n’en finissent pas de cicatriser.

Je n’ai plus l’envie, la force d’aller vers les gens, d’apprendre ces langues, de comprendre ce qui leur arrive. Ou bien ces rôles que j’emprunte ici, illégitimes, empêchent l’envie. Parce que quand je l’ai essayé ça n’a rien donné, si ce n’est une connaissance un peu moins ignorante, et donc plus angoissée de ces contextes. Parce que au fond de moi je sais que cela ne suffira pas à calmer cette rébellion de l’injustice qui se loge dedans depuis l’enfance. Que quoi que je fasse ça ne changra rien. Je suis toute petite. Le passé des Afriques qui m’ont comblé est révolu, des Afriques construites et représentées dans ses plus belles parures. Je n’attend plus rien de celle ci, je veux partir et ne plus revenir, ne plus entendre parler de cette Afrique qui ne s’en sortira pas. Je ne peux rien pour elle. Je n’ai pas su la comprendre, je ne saurai pas la sauver. Je reste donc la toubab, la passante, l’inconnue, comme dans le temps de Tombouctou. Isolée en corps et âme, sans envie de rentrer dedans, elle se limite à ces trajets de

200 metres

entre la maison et le bureau, sur cette route qui traverse ce grand village, comme tant d’autres et au délà.

 Je n’ai plus l’état d’esprit de la première jeunesse devant qui tout est possible, et l’Aventure n’était pas au rendez vous (ou bien ?). Je n’ai pas retrouvée la beauté de l’Afrique qu’on voit dans les monographies. Je me demande ou a-t-on volé ces images, ou se trouvent elles, je ne les vois pas autour. Ou bien j’ai peut -être perdu toute capacité de regard, et ce constat est terrifiant pour quelqu’un qui rêvait de raconter des histoires avec des images…

 Je déteste l’idée de me raconter, et tous ces récits ne disent rien de l’Afrique mais de ceux qui l’ont photographiée, inventée, representé, construite, et présentée à l’autel de la consommation occidentale. Je vois des livres sur ce Darfour de poussière et d’injustice, j’apprends rien sauf la vie d’expat, d’humanitaire, et regardez nous, quel bon boulot on fait, comment on est important, logo en dernière page, les noms de cette expat en couverture, sur fond de désert et turbans blancs, on revient a la case départ des réprésentations de l’Afrikeopaque. Je vois aussi des livres d’une beauté irréelle, magnifique maitrise de la lumière, des couleurs, chaque image une œuvre d’Art, simultanément volées et construites en un instant de flash, à coup de portefeuille, ne regardez pas la caméra, on exprime ici dans cet instant de grâce l’exotisme sans cesse renouvelé pour la consommation occidentale, mais tellement beau. Je m’étais dit que jamais je ne payerais pour une image prise. Elle seraient prises, justement, pas payées, pas monnayées, ou elle ne seraient pas, et de la cette incapacité que j’ai avec les images, ici, et de là qu’elle m’apparaît encore opaque, cette Afrique.

 Puis on voit aussi l’autre Afrique, toujours à vendre, des enfers des guerres qui n’en finissent pas, des injustices, l’Afrique des horreurs qui nous soulage, puisqu’elle nous confirme dans notre idée que cela n’arrive qu’aux autres, que nous on à la chance, de ce coté de l’écran, on se dit passant la page, elle est ou la télécommande…

 Et pourtant je me raconte, ici! quoi d’autre? Merde.

 On a construit l’Afrique en mythe pour mieux la digérer, nous, toubabs arrogants ignorants, agressifs, avides d’exotisme et mangeurs d’Aventure, depuis le temps. C’était l’Afrique des savanes, des lions, des gens a la peau noire vivant dans des huttes, souffrant de la sécheresse, des forets vierges et mystérieuses, des « traditions » qui nous confortaient dans notre « civilisation », des famines et déserts, de sang et des mines, des guerres et chaleur. On les a construites, puis exportées, exhibées, vendues, violées, expoliées, ces Afriques.  Mais je n’arrive pas à voir au delà. Je reste une toubab. Dans mon bureau de toubab, en surface. Echec.

 En surface, il n’y a pas grand-chose a voir pour ce qui regardent sans voir : toubabs frustrés, comme moi, circulez . Il y a une certaine violence, et les malheurs voilés des masses qui se fondent comme les visages des enfants  ronds, leurs yeux comme des charbons brûlants. On voit juste un peu de poussière, des feux de brousse, la débrouillardise quotidienne, le riz, les palmiers et les trous sur les routes. Je n’ai plus l’état d’esprit pour cela, tous les jours. Je n’ai plus l’illusion d’une possible découverte humaine ou la recherche d’une certaine beauté, et je n’ai jamais eu l’illusion de l’intervention humanitaire, et le débat sur l’ingérence et ses dérives.

En surface ce sont les réunions pour mettre ensemble et à jour nos incompétences diverses, qu’elles viennent du dedans (ong « locales », autorités) ou du dehors (ong « internationales »). Des non-lieux locaux et a la limite de l’absurde, où on s’assied, on attend, on s’amuse presque, on s’exerce dans la langue de bois et l’écoute patience et politiquement correcte, en réaction a une situation oh combien humainement incorrecte.

 En surface c’est toubab toubab sur la route, bonjour vous allez bien? et la petite gestion quotidienne d’une ong qu devient virtuelle, ong écran, ong logo, pour faire le mieux possible, le moins mal possible. En surface c’est la routine terrible et le constat de la détresse qui attend nos collègues du bureau et du terrain, quand ils voient qu’ils ne sont pas pris aux sérieux, quand ils voient que ça va finir, qu’on est des pantin, des pions, que leur contexte, leur pays, leur « urgence » n’est pas si urgente, si importante, si vendable, pour les décideurs bailleurs occidentaux. En attente. Je n’ai plus la force, je n’ai probablement pas les capacités, et surtout, je n’ai pas l’envie. C’est la vie en standby, au fin fond de l’Afrikopaque.

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10 février 2007

JUSQU'A QUAND??

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Darfour : les attaques armées contre les ONG et les agences de l'ONU aggravent la crise humanitaire

 LE MONDE | 08.02.07

Les organisations humanitaires travaillant au Darfour font toutes le même constat, depuis quelque temps : en raison d'une radicalisation du conflit, des attaques armées dont elles ont fait l'objet et d'une multiplication des cas de banditisme et de pillage, il n'a jamais été aussi difficile de faire parvenir de l'aide aux populations de cette région de l'ouest du Soudan, où la guerre déclenchée en février 2003 fait 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU.

Les responsables d'ONG décrivent une situation où leur champ d'action sur le terrain s'est réduit comme une peau de chagrin ces derniers mois. En raison du climat de violence, pratiquement toutes les organisations humanitaires ont gelé, depuis le mois de décembre 2006, leurs opérations dans les zones rurales du Darfour, et de vastes territoires n'ont pas pu être approvisionnés comme ils auraient dû l'être en vivres et médicaments.

La conséquence, craignent certains responsables d'ONG, pourrait être le déclenchement d'une nouvelle vague de déplacements de populations vers les centres urbains du Darfour et les camps de réfugiés qui les jouxtent, seuls endroits où l'aide peut encore parvenir sans trop d'encombres.

Sans qu'il soit possible de l'établir avec certitude, tant les chaînes de commandement au sein des parties du conflit au Darfour se sont brouillées, plusieurs responsables d'ONG se disent convaincus que le régime soudanais, les milices janjawids qui lui servent d'auxiliaires, et aussi des groupes rebelles combattant le pouvoir de Khartoum ont adopté une stratégie visant à cantonner l'action des organisations humanitaires dans certaines zones, dans une stratégie d'occupation du terrain par la force.

Au cours des six derniers mois, douze travailleurs humanitaires soudanais ont été tués. Depuis juillet 2006, trente attaques armées de bases d'ONG et de l'ONU ont été recensées au Darfour. Le 29 janvier, Médecins du monde a annoncé la suspension de ses activités dans l'ensemble de la région, sans renoncer à les reprendre un jour, si les conditions le permettent. Il est possible que d'autres ONG fassent de même.

Cette dégradation intervient au moment où les efforts diplomatiques menés par les Nations unies et l'Union africaine (UA) afin d'inciter le régime soudanais à accepter un déploiement de casques bleus de l'ONU au Darfour semblent être dans une impasse.

Plusieurs attaques d'une violence inédite se sont produites ces derniers mois contre le personnel humanitaire au Darfour, entraînant un repli des équipes vers les villes, voire leur évacuation de la région.

Le 19 janvier, dans la ville de Nyala, un campement de plusieurs ONG où se tenait une fête a fait l'objet d'une descente de la police soudanaise. Une vingtaine d'employés d'ONG et d'agences de l'ONU ont été conduits vers un commissariat où ils ont été passés à tabac. Une employée d'ONG a été victime d'une tentative de viol alors qu'elle se trouvait dans un véhicule de la police soudanaise. Le lendemain, la télévision soudanaise accusait les expatriés et employés locaux des ONG de s'être livrés à des dépravations, et le gouverneur du Sud-Soudan menaçait de faire imposer aux étrangers les règles de la charia, la loi islamique.

L'épisode de Nyala a marqué les esprits car il s'agissait, pour la première fois, d'une agression perpétrée directement par la police soudanaise, alors que jusque-là les attaques contre des sites ou des convois humanitaires étaient le fait de groupes armés éparses ou difficiles à identifier.

Le 18 décembre 2006, dans la localité de Gereida où se situe un vaste camp de réfugiés, une attaque d'une grande violence, avec des cas de viols, avait eu lieu contre une base regroupant six ONG, les forçant à évacuer la région.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a pour sa part quitté Koutoum, après une attaque à l'arme automatique, en novembre 2006.

L'ONU estime que 4 millions de personnes, sur une population totale de 6 millions, sont affectées par le conflit au Darfour. Des agences de l'ONU, ainsi qu'Action contre la faim, Oxfam, Save the Children, ont lancé des cris d'alarme, prévenant que si une force internationale n'était pas déployée au Darfour, l'ensemble des opérations humanitaires secourant ces victimes serait mis en péril.

 

Natalie Nougayrède

Article paru dans l'édition du 09.02.07

Photo LaMery (Kalma camp)

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18 janvier 2007

Reality check


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Me voila encore dans l'Afrike de l'Essentiel, et c'est décapant mais assez salutaire.

Essentiel comme l'eau et le vert des arbres qu'elle rapporte, des plantes qu'on mangera (on les remarque quand ils sont plus là..), comme la santé (mal au ventre, c'est normal, fièvre, c'est normal, malaria, c'est normal, taux énorme de mortalité infantile, c'est normal...dans les campagnes, consultations soins santé primaire (très primaire!) a 1 euro, quand on gagne quelques centimes par mois, si la récolte est bonne; médicaments inappropriés contre la malaria; à l'hosto régional, tout se paie, désinfectant, gants, césariennes prescrites en masse pour gagner du temps, injections pour accélerer les accouchements sans raison, épisios en masse, corruption des sages femmes -veuillez payer la kola si vous voulez voir votre enfant nouveau né....), essentiel comme l'ombre (soleil assassin, 42 degrés, les pluies n'arrivent pas), comme la nourriture (elle n'est même pas plantée encore, fin juin), essentiel comme le repos qui ne vient vraiment jamais.

Ici le problème n'est pas l'état de la route, mais s'il il en a une, on compte pas en km mais en heures, dans cet énorme territoire sec de broussailleux...Niamey 2 jours, Agadez 1 jour, Tessaoua, 2 heures...de 4x4....au dèla, que les chameaux, et le temps se ralentit encore avec les dunes, vers Bilma, vers le vide plein du  vrai désert. Pas de modes ici, on souffle, et au dela des couleurs vivantes du boubou -qui aime les femmes- pas de superflu, on n' a pas dix mille choix pour un yaourt, dix mille choix de gel douche, de menu, de boisson...cela nous fait gagner du temps sur la vraie vie, tout est clair. La question n'est pas si tu veux un expresso ou un capou, mais s'il y a du nescafé , de l'eau chaude et du lait (merci Nestlé).

Dans l'Afrike de l'essentiel on marche des heures, et on s'en fout des marques des voitures, du moment qu'elles roulent. On va chez les gens si on n' a pas de réseau. Les portes sont ouvertes sur les concessions sablonneuses, on frappe et on rentre, pas de problème. Ici, il n'y a pas beaucoup de chaussures de marche, et les distances font juste partie du jeu, on ne s'impatiente pas, on enfile ses tongs et on accepte d'être toujours en train de transpirer, le sable partout, on accepte la nature telle qu'elle vient, que ce soit la pluie, le vent soudain avant la pluie, la poussière, la fatigue du corps, le soleil assassin, la soif, la transpiration. On fait avec et ça finit par faire du bien, par éroder les âmes, qui dépouillées du superflu,se trouvent donc face a elles mêmes. Après, les bières fraîches sont plus fraîches, et des simples brochettes, les pieds nus dans le sable d'un petit maquis, acquièrent une dimension étrange.

Dans cette Afrike de l'essentiel les nuits sont vraiment noires, les étoiles vraiment brillantes, des énormes lézards noirs et jaunes mangent nos moustiques et partagent nos murs, les chauves-souris énormes succèdent aux hirondelles dans la danse incroyable du soir pour les insectes sur l'eau de la vieille piscine, et rien ne nous empêche d'aller voir le soleil se coucher, sur les rochers à la sortie de la ville, pas de lumières jaunes qui masquent le ciel, pas de bruits de trafic la nuit sous notre fenêtre, on peut écouter le silence et boire l'apéro sur ces rochers, en mangeant quelques cacahuètes. La nature est plus proche, elle nous rentre dedans, impitoyable et belle.

Cette Afrike, si légère mais qui pèse tant.

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17 janvier 2007

Kalma, non-lieu (dés)espoirs

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Je me souviens des pas de Salousa sur le sable, ses pieds élégants dans des sandales en plastique noir à talons, sa démarche nonchalante sur le sable, si hors de ce lieu et tellement dedans, chez elle et sans domicile fixe. Des talons dans un camp de déplacés, non-lieu d'arrivée et d'arrêt non-lieu de départ l'espoir demeure encore, et dans les pas perdus des sandales en plastique noir à talons.

Du vent dans les voiles interminables, colorés sous un soleil de plomb éffaçant toute profondeur. Nous marchions dans le sable, dans le camp, toujours plus loin, la tête en bas à cause du vent, du soleil, lentement, sans effort, nous marchions, la tête vers l'avant pour rencontrer des yeux fuyants et des yeux vrais des enfants vrais, sur le sable invariable, parsemé de branchettes épineuses et d'éxcrements. Toujours nous marchions à la recherche de mamans et d'enfants, si près mais si lointains dans leur tranquil désespoir. Toujours elles marchaient.

Des mains de Salousa, qui parlaient seules dans l'espace, maîtrisant les temps et les papiers, des mains adornées au hénné, tranquilles et posées, portant la grâce, ne touchant à peine, fixant le voile sous le menton, trop belles pour la guerre.

Des voix des visages et des cris aigus des filles, et des rires des enfants et leurs cris incessants, on est en vie, on est encore en vie, on est la vie, enfants du sable, miroir de vos coeurs, oké oké oké!!......et les petites mains agitées les grands sourires  et les danses simples et tristes, sans vraie joie. Je me souviens des murs invisibles faits de regards et de vent et des langues étrangères si belles. Et de l'eau, de l'eau.

De la lumière atroce et des traces de pieds et des roues sur le sable, innombrables, éffacées chaque nuit et chaque jour renouvelées, les traces des pieds allant nulle part et revenant, nulle part. Je me souviens des sandales en plastique à talons s'enfonçant sur le sable, mais quelle importance.

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20 décembre 2006

Djenné

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“Nunca sé, en Africa, si la gente, en especial las mujeres, estan cansadas de vivir, y viven ya por inercia, o son felices con sus hijos, clonicos, uno tras otro, a la espalda, con sus cubos y calabazas cargados sobre la cabeza, con sus chanclas polvorientas, de aqui alla, siempre trabajando. El abismo entre nosotros empieza en el lenguaje y no parece acabar, enorme abismo que no sabemos como saltar, sortear, engañar. (...) En Mali es donde me doy cuenta de mi nivel actual de relajacion, donde ya he aprendido un poco a ser viajera, a ser una que pasa, una visitante, una turista, sola o acompanada, a dejarme llevar por el tiempo, a aceptar la elasticidad de los limites, del espacio y el tiempo. Y pienso mucho en Europa, y en toda mi gente. Estoy lejos y cerca de ellos, en el mismo planeta, en otro tiempo.

 

Calor, suciedad, sol aplastante, bullicio, nariz taponada, dolor de espalda, humo y tierra, polvo y viento, agua sucia, plasticos por el suelo, riachuelos de alcantarilla negroazulada corriendo por las calles de tierra, burros, pollos, niños descalzos con miradas inocentes y desconfiadas, distancia, tanta distancia, entre la gente y yo...el color pesa, pero ya lo he aceptado, y sigo mi camino....camino de Tombuctu...”

 

Djenné, 28 oct. 02

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19 décembre 2006

Extractos para un libro que nunca fue...

"Segundo dia en la pinaza hacia Tombouctu (…). Las comidas se hacen en la barca, que tiene anchos bancos y un techo cilindrico de cañas entretejidas que protege del sol. La barca se mueve sin prisa pero sin pausa, impasible, casi imperceptible. Hemos bajado a estirar las piernas en un par de poblados, y ahora el paisaje desfila, monotono, en las orillas de este ancho rio. Verdes y delgadas hierbas surgen del agua en la orilla, y mas alla, campos irrigados y poblados de barro, arbustos, algun arbol. Los colores, sin la intensidad de la estacion de lluvias: verdes, marrones y el plomizo del rio. (...)

 

Tengo ganas de ver las dunas de arena echandose desde las orillas al rio...al centro de Mali (si excluimos el gran norte desértico) hemos llegado, y todavia no cambia el paisaje...”

 

  --- --- ---

 

“Despues de una acampada a las orillas de una gran explanada de tierra plana con algunos arbustos, nos encontramos navegando entre grandes extensiones de hierba y nenufares en las que el motor puede, en cualquier momento, enredarse peligrosamente. Despues de apagar el motor un par de veces y guiar la pinaza con un largo baston, salimos de las hierbas y seguimos normalmente. El rio es ancho, y alla en las orillas crecen las altas hierbas, y algun que otro pajarillo blanco surge entre lo verde. Una canoa nos adelanta, el sol ya esta alto pero no calienta, cosa extraña, y sigo metida en el jersey que me han prestado. (...)

 

Esta noche pasada las estrellas daban miedo, de tan brillantes, y el cielo tan negro, silencio completo, justo encima de mi. He salido de la tienda y al mirar arriba me ha dado miedo tanta belleza, una belleza estremecedora. Hablan del desierto por la noche...seran esas estrellas orgullosas, aplastantes, casi gritan, casi si extendemos la mano las podemos tocar, como el silencio. Nos nos queda mas remedio que quedarnos sentados, y reprimir si acaso unas lagrimas delante de tanta belleza immerecida, aplastante y silenciosa. Demasiada belleza para mis ojos....”

 

1-2 nov 02

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18 décembre 2006

Comienzo para un libro que nunca fue...

"He decidido escribir. Porque? No sé si tengo algo que contar, ni si sabré contarlo. No sé si vale la pena contarlo. Un libro mas de viaje, de iniciación? Eso es lo que saben hacer los europeos, después de un viaje? Pero a quien le importa? Quién lo querrá leer? Son pincelazos de realidad, de fantasía tal vez, ya deformada por el paso del tiempo y una cierta visión romántica y obsesionada del Viaje como escape, pero todavía prisionera de los olores y la luz de esa mi Afrika, mi paréntesis de lujo. Recuerdos que se agolpan, me sorprenden por la calle, en el trabajo, hablando con amigos y, a menudo, surgen en los momentos más inesperados, incluso dentro de los sueños. Cinco meses después del regreso, después de leer varios libros sobre viajes y sobre Africa, me encuentro delante del ordenador y de una pantalla en blanco, movida por esta necesidad y sabiendo que solo será, con suerte, una historia más.

 

Dicen que las mujeres escriben para detener el tiempo, no sé dónde lo leí, pero se me quedo grabado con una sonrisa, por sentirlo tan justo, tan adecuado. Lo leí después de haber escrito mi cuaderno de viaje, después de haberme obligado muchas veces, casi todos los días de ese viaje, a escribir, a contar, sin saber porque. Y, en efecto, me parece que escribí, y que ahora escribo, para detener el tiempo, para conquistar un trocito de eternidad, para engañar al olvido y al Tiempo.También, tal vez, para revivir el viaje, para acercarme de nuevo a esa mi Afrika, aunque solo sea con las palabras.

 

 Había días en los que escribía por hacer algo, mientas observaba pasar a la gente, sentada en alguna terraza o en la habitación del albergue de turno, sintiendo una mezcla de miedo y de gusanillo excitante de la aventura, cuando no había amaestrado todavía ese Tiempo que pasaba de manera diferente y estaba todavía tanteando, probando esa nueva manera de vivir y moverse. Había días, muchos, que escribía cuando estaba sola, o así lo sentía. Escribía entonces como agarrándome a un flotador salvavidas, a una practica racional y segura, para reencontrarme y reencontrar mis referencias, en medio de lo desconocido. Es esos momentos, sobre todo al principio, escribía también muchos emails, como necesidad y también por el placer de transmitir sensaciones. Durante algunas épocas mi cuaderno estuvo guardado en el fondo de la mochila, no tenia ni ganas ni necesidad, me canse y no pensaba que esas vivencias valían a pena de ser rescatadas del olvido.
Sin embargo, los recuerdos se quedan plasmados quiera o no, y surgen inesperadamente cuando menos lo espero: una persona que se me cruza comiendo un trozo de sandia por la calle evoca en un instante todos los olores del mercado de La Medine,

en Bamako, la contaminación y la suciedad, las bicis y motos, los coches y camiones destartalados pasando sin cesar, la tienda de telas donde trabajaban los sastres, los puestos de plátanos y sandias enormes y eternas, la honestidad de las mujeres vendiendo, y me veo allí con S., al final de una tarde sencilla y sudada, y en medio del barullo, compramos dos trozos de sandia y nos los comemos sentadas en las escaleras de la tienda de telas ya cerrada, en plan guarro, escupiendo las pepitas y hablando con el vendedor de refrescos, al que le ofrecemos un trozo. Esos eran trozos de felicidad en estado puro, de libertad, de sentirse en casa en medio del agitamiento y el desorden, que no quiero olvidar. Como esos momentos hubo muchos mas y más intensos, tal vez me guarde algunos, preservados en la memoria o en algún otro trozo de papel, solo para mí.

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Restes

Qu’est-ce qui reste ?

 

Des odeurs artificiels de Belivoir et Maman-Bébé

Des mots pour tenter d’échapper à l’oubli

Un brin de beauté

Beaucoup d’incompréhension

La vieille bonne solitude

La fumée, toujours

Des photos maladroites

Le cliché des « souvenirs »

Quelques éléments pour un sourire

Un bord de piscine -un bord de dune

La mémoire des bisous

sur le dos

Le soleil froid

Frustration

Le Temps qui gagne toujours la guerre

malgré les batailles qu’on a pu gagner

une non-rencontre ou bien

une rencontre hors du Temps, figée

quelque part

 

Mais les violons…tu n’aimes pas….

 

Sikasso, 5 déc.’02

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19 octobre 2006

Innocence

Salut a tous,

journée pré-depart, 4 vaccins et dix mille réunions, je suis naze et j'ai pas encore tout fini cote admin ..c'est cool on part a deux avec un tel satellite, deux laptops histoire de pouvoir travailler sur place, les stocks de pâté et fromages et encore des caisses non identifiées, a part nos bagages lourds comme des pierres....j'ai dix mille docs a lire....dans l'avion peut-être...

la situation a Nyala, Sud Darfour, ou je vais être basée, est très bonne point de vue sécurité. pas de soucis de ce cote!!. tant le gouvernement que les milices nous respectent, par des raisons mystérieuses. par contre j'ai compris que c'est le bordel point de vue organisation sur place et que je vais devoir faire face a cela et recommencer depuis le début ce post nouveau, sans aucune idée préconçue sur la compétence du staff national (hérité de ---) ni sur le bien fondé des interventions... tout repenser...visites chez les gens dans le camp de déplacés, parler, parler, et encore parler, puis refléchir...coordonner, rédiger, penser les formations, évaluer les formations ...(staff national) en fait on reprend un programme de –-- qui n'est pas pensé du coté sociologique mais seulement santé, santé et encore santé. Donc, problématique!! Dans quelques mois, on me demandera des idées et des résultats concrets et des recommandations...ayayayay

bon, voila c'est comme ça...un grand défi qui commence demain!

mais ce soir encore paris la belle et la bonne bouffe puis c'est fini! si jamais vous voulez m'envoyer une lettre ou quelque chose...faut l'envoyer a ------, avec mon nom et ma mission (Soudan- Nyala) et ils me le feront parvenir....tel de la mission je l'ai pas sous la main mais il y en a! ainsi que l'email...

ce matin on a rencontre un mec qui revenait justement de Nyala, il finit son contrat de 6 mois et il pour se reposer, il allait être coordinateur au Liberia. Ca donne une idée du niveau de fatigue au Darfour...pour aller se reposer au Liberia...hehe en tout cas il nous a dit qu'il s'est éclaté et que l'ambiance dans la base est super entre les gens....=)

n'hésitez pas a m'écrire et me raconter vos vies!!!


je vous embrasse tous fort!

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